« La Peur de transmettre : filiation et traumatisme »

par | 13 Jan 2026 | Articles

Isabelle Duret. Préface de Robert Neuburger, postface de Bernard Dan. 2025, Érès.

Un livre n’a pas qu’un seul auteur, mais en a au moins deux. Celui ou celle qui l’a rédigé et qui en porte la parentalité, et puis il y a le lecteur. En lisant ce livre d’Isabelle Duret, et après avoir entendu la brillante conférence qu’elle avait tenue aux Journées de thérapie familiale à Lyon, le 22 mai 2025, je me suis souvent senti rassuré, parfois aussi je hochais de la tête pour exprimer mon accord. En fait ce que Mme Duret écrivait avec beaucoup d’à-propos et de profondeur rejoignait mon expérience de thérapeute, de formateur : j’ai plusieurs fois rencontré des jeunes ou des adultes qui me donnaient l’impression qu’ils n’étaient pas reliés à une histoire. Ils étaient ancrés dans l’ici et maintenant, pouvaient faire le récit d’événements dans leur vie, mais leur histoire s’arrêtait à un certain moment. Il me vient à l’esprit une citation emblématique de Paul Ricœur : « Un sujet se reconnaît dans l’histoire qu’il se raconte à lui-même sur lui-même. »
Chaque histoire est singulière, mais qu’arrive-t-il quand cette histoire s’arrête net à un certain moment ou alors devient impénétrable comme si un dense brouillard la rendait quasiment invisible. Peut-on vivre sans histoire ? Je pense que oui, car avoir peur de son histoire, ne pas vouloir en tenir compte, l’ignorer comme si elle n’existait pas, est une solution car elle rend la vie vivable. C’est le cas quand cette histoire est impactante dans la mesure où elle comporte des traumatismes, des secrets, des événements dont il est difficile de parler…

Compte rendu par Gilbert Pregno

https://shs.cairn.info/revue-therapie-familiale-2025-4-page-335?lang=fr